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Qualité de vie au travail

16/09/2021

La qualité de vie au travail : une démarche à visée inclusive

Marion Brancourt

La qualité de vie au travail : une démarche à visée inclusive

En 2019, à l’occasion de sa journée biennale organisée « par et pour les professionnels des ESAT », le CREAI Bretagne s’intéressait à la “ La qualité de vie au travail en ESAT : une expertise à partager”. 

 

Qu’est-ce qui a motivé cette thématique ?

 

Deux motivations principales ont prévalu à ce choix :

  • D’une part, une volonté de souligner que l’inclusion est l’une des composantes de la qualité de vie et donc une visée à rechercher chaque fois que possible. Plusieurs textes réglementaires sont venus renforcer cet enjeu de société inclusive et d’accessibilité universelle dans toutes les dimensions de la vie, parmi lesquelles la vie professionnelle. (Lire)

Les ESAT sont un acteur important de cette inclusion.  En effet, parmi leurs missions, figurent l’insertion professionnelle en milieu ordinaire des personnes en situation de handicap. Ils ont donc anticipé et développé une expertise sur des modèles inclusifs qu’il nous semblait importante à valoriser, à un moment où ces établissements étaient sous les projecteurs de l’État au travers une mission conduite par l’IGAS et l’IGF. Cette mission a donné lieu à un rapport publié en octobre 2019. Les ESAT constituent également des espaces du « vivre ensemble », des lieux où l’on développe des liens sociaux. Au sein d’un ESAT, les problématiques des personnes peuvent être discutées, faire l’objet d’accompagnement ou d’orientation pour permettre au travailleur d’être épanouis dans ce qu’il fait.

  • D’autre part, il nous semblait important de participer à la diffusion de la notion de qualité de vie au travail qui essaime aujourd’hui le monde du travail (dans le milieu professionnel tous azimuts), en tenant compte de l’articulation qualité de vie au travail des professionnels et qualité de vie au travail des travailleurs en situation de handicap.

Le secteur médico-social est actuellement touché par des nombreuses mutations qui impactent l’organisation et le sens du travail. La QVT apparait donc comme un évident levier à ce que des professionnels contribuent à la qualité de vie des personnes accompagnées.

L’objectif de cette journée était donc double : acculturer le secteur sur la notion de QVT et valoriser les pratiques des ESAT contribuant à cette QVT, tant des professionnels que des travailleurs en situation de handicap, au sein des établissements mais également dans le milieu ordinaire du travail.

 

Qu’est-ce qui différencie le travail en ESAT du milieu dit ordinaire ?

Selon le point de vue que l’on adopte :

  • Si on se place du point de vue du travail au sens ergonomique de l’activité, alors peu de choses diffèrent. Le travail en ESAT est sous tendu par les mêmes contraintes de marchés, avec des exigences de production qui tendent à se rapprocher du milieu ordinaire.

La différence tient essentiellement dans la façon dont se réalise la production et comment des aménagements des tâches et l’adaptation des conditions de travail sont mises en place pour permettre aux travailleurs de mettre en œuvre leurs compétences.

  • Si on se place du point de vue des travailleurs/travailleuses en situation de handicap, le travail en ESAT diffère du milieu ordinaire dans la mesure où les conditions de travail et l’environnement sont aménagés pour tenir compte des difficultés des personnes. Cela passe par l’aménagement des postes, mais aussi du rythme de travail, des tâches, … et bien sûr par l’accompagnement des professionnels à leur côté. Les ESAT offrent un contexte sécurisant et bienveillant qui s’adapte aux personnes. Variable selon le temps, “l’état” des personnes… Aujourd’hui, le déploiement de nouveaux dispositifs (ESAT hors les murs, dispositif emploi accompagné, …), vise à développer l’accessibilité universelle dans le monde du travail.
  • Enfin, si on se place du point de vue des professionnel.le.s des ESAT (notamment moniteurs/monitrices d’ateliers et éducateurs/éducatrices techniques spécialisé.e.s), c’est l’accompagnement des personnes vers la réalisation du travail qui constitue sans doute la différence majeure avec le travail dans le milieu ordinaire. Le moniteur d’atelier a notamment pour mission de transmettre, d’apprendre, d’adapter le travail, d’évaluer et de valoriser les compétences, d’organiser collectivement le travail … Finalement, un rôle de manageur.

 

En certains lieux, le travail est malmené et les salariés qui le réalise avec, provoquant des inaptitudes, voire du handicap. Cela conduit les professionnels à reconsidérer leur rapport au travail, leurs motivations, les articulations entre vie personnelle et professionnelle.  Les ESAT restent des lieux où le travail est régulé en permanence, s’adapte, pour tenir compte des capacités des facteurs en présence : c’est un facteur certains d’équilibre pour les « facteurs humains ».

Avec les démarches QVT mises en place dans les entreprises comme dans les établissements et services médico-sociaux, c’est bien une attention au travail et aux salariés que l’on souhaite promouvoir. L’ADN des ESAT en quelque sorte !               

 

Quels éléments de contexte (cadre légal, contexte économique, etc.) influent sur la QVT des travailleurs en ESAT ?

 

Comme toutes les structures médico-sociales, les ESAT sont actuellement interrogés sur leur capacité à renforcer la prise en compte des parcours de vie des personnes en situation de handicap. De nombreux dispositifs sont proposés (mise en situation en milieu professionnel en établissement (MISPE), emploi accompagné, …) et le rapport de la mission IGF/IGAS analyse leur fonctionnement et leur contribution à une société inclusive, permettant d’accueillir toutes les situations singulières en respectant les attentes des personnes pour un emploi en milieu protégé, adapté ou ordinaire. Ce mouvement d’inclusion induit cependant des précautions dans l’accompagnement des personnes dans le milieu ordinaire et dans la sécurisation des parcours des personnes. En effet, toutes les personnes accompagnées en ESAT ne peuvent ou ne souhaitent pas intégrer le milieu ordinaire. S’il convient donc de créer des passerelles entre le milieu ordinaire et le milieu spécialisé, il convient d’évaluer de manière précise les besoins et compétences des personnes et de penser les dispositifs avec la possibilité d’un retour qui ne soit pas vécu comme un échec, permettre l’inclusion à ceux qui le veulent et le peuvent.

Par ailleurs, le marché ne semble pas différencier le milieu ordinaire du milieu protégé. Ainsi, la tension se fait souvent de plus en plus fortes pour les professionnels au sein des établissements entre l’accompagnement qu’ils doivent aux personnes accueillies et la production à réaliser.

La question du lieu d’hébergement et du temps de transport pour se rendre au travail est également un enjeu de la qualité de vie au travail des travailleurs, la localisation des établissements ou le manque de desserte ne favorisant pas toujours l’accessibilité et/ou l’autonomie des personnes.

 

Quels sont les enjeux clés de qualité de vie au travail en ESAT ? En quoi se distinguent-ils des autres environnements de travail ?

 

Plusieurs facteurs constitutifs du sentiment d’avoir une bonne qualité de vie au travail ont pu être mis en évidence par les travailleurs des ESAT interrogés dans le cadre de l’organisation de la journée.

C’est quoi pour vous la qualité de vie au travail ? Regards croisés de travailleurs handicapés et professionnels d’ESAT – Entretiens réalisés par l’Atelier xxx pour la journée CREAI.

 

Ces facteurs couvrent les trois axes, trépied de la qualité de vie au travail, à savoir :

  • la capacité à s’exprimer et à agir sur son travail : le soutien du collectif / des pairs “retrouver les collègues”, “s’entraider”, le soutien des professionnels qui créent un climat de confiance ;
  • le contenu du travail : mobilisation et reconnaissance des compétences, travail en autonomie, le sentiment d’utilité (“réaliser des semis et voir les clients partir avec”)
  • Les conditions d’emploi et de travail : un environnement sécurisant notamment du fait de la présence des moniteurs et ETS, le soutien dans la vie au quotidien permettant d’être bien au travail

Tous ces éléments participent de ce qui peut faire qualité de vie au travail mais s’il fallait n’en garder qu’un, ce serait probablement l’enjeu de l’apprentissage du travail en autonomie.

 

Gagnerait-on à proposer de nouvelles approches du travail en ESAT afin de concilier QVT et performance durable ?

L’organisation du travail et le management des équipes constituent des clés de voûte du système “ travail ”. Or, on sait que pour allier QVT et performance durable, c’est la participation des personnes qui doit être recherchée. Les propos d’Alice Casagrande à l’occasion de notre journée illustrent parfaitement cet enjeu :

“ La liberté doit englober tout autant le processus de décision que les opportunités d’atteindre les résultats valorisés. Il ne s’agit pas seulement d’avoir un travail en ESAT, un logement, de pouvoir obtenir certains biens matériels, un certain revenu, certains droits. Il s’agit de pouvoir exercer ces droits, et participer aux décisions qui organisent le travail dans l’atelier, aux décisions qui organisent la vie dans le foyer ou dans la cité. (…) »

Dans le cas du travail en ESAT, il s’agit donc tout autant de concrétiser le droit d’une personne à trouver un accomplissement professionnel, à s’exprimer dans son activité, qu’à avoir des opportunités d’exprimer son avis sur la manière dont cette activité s’organise.

Ceci a en outre un autre avantage important au regard de la thématique de la qualité de vie au travail : c’est que la participation à la prise de décision est une composante reconnue de la santé au travail, et de la santé tout court.

C’est bien en favorisant l’autodétermination des personnes, en favorisant leur capacité à être acteur et à faire des choix, qu’on parviendra à modifier l’approche du travail en ESAT.

 

La participation des travailleurs à la conception de leur travail est une marche qu’il reste en certains lieux à franchir, dans le milieu protégé comme ordinaire d’ailleurs.

Sa mise en œuvre passe par exemple par la mise en place de formation PRAP (Prévention des Risques Liés à l’Activité Physique) à destination des travailleurs en situation de handicap. On délivre une formation aux travailleurs leur donnant des clés d’observation de l’activité et à la suite de leur analyse, des décisions sont prises par exemple en termes d’aménagement techniques, de matériels (équipement de protection individuelle notamment) ou d’organisation. Dans cette situation, c’est bien l’opérateur expert de son travail qui est consulté et acteur des décisions.

Une autre implication consiste, pour des travailleurs d’ESAT expérimentés, à assurer une mission de tuteur pour accueillir un nouveau travailleur ou un stagiaire, en lui expliquant les tâches à réaliser dans l’atelier.

Les professionnels des ESAT, comme l’ensemble des professionnels du secteur social et médico-social, sont amenés à expérimenter de nouvelles pratiques, postures et organisations, pour soutenir davantage le pouvoir d’agir des personnes, leurs droits et à contribuer à une société plus inclusive. Cela prend la forme de poste de chargé d’insertion professionnelle, de détachement en entreprise, d’accompagnement hors les murs ou encore la mobilisation de dispositifs qui participent à l’inclusion. C’est d’ailleurs le thème central de notre prochaine journée qui se déroulera le 30 novembre sur « L’inclusion : l’ADN des ESAT au service des travailleurs ».

 

 

La qualité de vie au travail : une démarche à visée inclusive

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